6.9.05

Blogues, Web et désastres

Paul Cauchon, chroniqueur médias au quotidien montréalais Le Devoir signe ce matin un article sous le titre Médias: Méga-désastre en direct. Il y est évidemment question de Katrina, du travail des médias, et aussi de la place centrale occupée par les blogues sur Internet. Il écrit, «Kaye Trammel, de Baton Rouge, est professeur de communications à la Louisiana State University. Elle tient un blogue depuis le début du drame. “Ces blogues n'appartiennent plus aux blogueurs, mais à la communauté, écrit-elle, comme un mécanisme centralisé de communication devant un désastre naturel.” Devant la rapidité des blogues à décrire la situation effrayante sur le terrain, Kaye Trammel se demande si les villes et les gouvernements ne devraient pas, justement, intégrer les blogues dans leurs propres plan d'urgence pour améliorer leur temps de réaction. Question intéressante à analyser.»

Samedi dernier, dans le Washington Post, Kaye Trammell expliquait : «Parce que les blogues sont si simples à créer, leur nombre ne fera que s’accroître, et plusieurs couvriront des situations de crise dans cette perspective personnelle. Maintenant que les blogueurs maîtrisent l’utilisation du médium, n’est-il pas temps que les responsables gouvernementaux fassent de même? Les blogueurs Rex Hammock et Josh Hallett soulignent que ce type de blogues d’urgence devrait constituer un véhicule pour l’information officielle. Comment les municipalités et les gouvernements peuvent-ils intégrer les blogues dans leurs plans d’intervention en cas d’urgence? Pourquoi ne pas parler aux blogueurs locaux et prévoir leur diffuser directement de l’information? S’il y a un risque que les blogues servent à répandre des rumeurs, les responsables ne devraient-ils pas faire taire ces rumeurs en communiquant des bulletins d’information aux blogueurs influents?»

Trammell, Hammock et Hallett expliquent comment ils ont pu continuer à alimenter leurs blogues malgré les pannes de courant (Blackberry, portables, accumulateurs de véhicules, etc.). De là à savoir si les autorités seraient prêtes à mobiliser les blogues en cas de désastre majeur, il y a un grand pas à franchir. D’une part, il convient de préciser que l’information diffusée sur les blogues et du Web ne s’adresserait pas principalement, dans un premier temps, aux sinistrés et aux réfugiés. Une fois la crise estompée, on pourrait consacrer des sites et des blogues à une foule de sujets comme le logement, l’emploi, etc.

Le blogueur Jeff Jarvis (Buzzmachine) vient de lancer un projet, Recovery 2.0, qui consiste à dresser un plan d’intervention structuré. «Soyons francs, le Web n’était pas préparé pour faire face au désastre engendré par Katrina. Si nous avions vraiment tiré des leçons du tsunami ou même du 11 septembre, nous aurions pu faire davantage pour être prêts à aider. Je souhaiterais que nous discutions ensemble pour rassembler ce qu’il y a de mieux sur le Web (logiciels, matériel, infrastructure, médias, finance) pour déterminer les besoins et élaborer des solutions. Le but est d’être prêt pour le prochain désastre pour faire en sorte que les gens utilisent Internet plus efficacement, par n’importe quel dispositif» écrit-il.

Jarvis voit sept utilisations principales : échanger de l’information; rapporter et intervenir dans les cas d’appels à l’aide; coordonner les secours; retrouver des disparus et les mettre en communication avec leurs proches; offrir des contacts pour le logement et l’emploi; mettre en relief les besoins auxquels peuvent répondre les organismes caritatifs; permettre aux sinistrés de se «rebrancher» sur le monde.

La section de son plan qui porte sur la connectivité pose des questions pertinentes. «Bien sûr, il est inutile de discourir sur ces applications s’il est impossible de se brancher. Comment peut-on rapprocher les gens dans le besoin de ces fonctionnalités et de l’information cités plus haut? Devrions-nous être plus nombreux à nous porter volontaires pour aller dans les centres d’hébergement avec nos ordis? Comment peut-on installer des wifi rapidement? Comment les volontaires peuvent-ils effectuer ces opérations pour les gens qui ne sont pas en ligne? Devrait-on disposer d’une vaste salle d’appel Skype où des bénévoles pourraient opérer les systèmes pour les gens?»

Le plan de Jarvis est ambitieux. «Notre but devrait être que lorsque la prochaine crise surviendra, nous serons prêts comme jamais auparavant. Et c’est plus qu’une question de technologie et de désastres. C’est une question de technologie et de société, de permettre aux gens de s’assumer et de se réaliser, et de voir comment nous de la collectivité Web pouvons y contribuer.»

De nombreux technophiles ont déjà répondu à l’appel de Jarvis et il sera important de suivre l’évolution du chantier Recovery 2.0. Mais ne serait-il pas intéressant de voir l’expérience reprise dans toutes les collectivités locales pour ensuite mailler tous ces groupes d’intervention en un grand réseau d’intervention d’urgence?
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